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Bukavu : les emplois verts, une promesse encore inaccessible pour des milliers de jeunes diplômés


À Bukavu, les initiatives environnementales se multiplient. Des organisations de protection de l’environnement aux entreprises spécialisées dans la gestion des déchets, en passant par les associations de jeunes engagées dans l’assainissement du lac Kivu, le secteur vert semble en pleine expansion.

Pourtant, derrière cette dynamique se cache une réalité moins reluisante : celle d’une jeunesse diplômée qui peine à transformer son engagement écologique en opportunité économique.


Selon plusieurs acteurs du secteur, la ville compte plus de 160 organisations environnementales, près de 36 structures d’assainissement ainsi qu’un nombre croissant d’entreprises se présentant comme des acteurs de l’économie verte. Malgré cette présence importante, les emplois durables demeurent rares.

« Nous gagnons environ 3 dollars par jour lorsque nous participons aux opérations d’évacuation des déchets dans la ville . D’autres collègues reçoivent à peine deux dollars et certains travaillent même bénévolement », explique Martin, ancien étudiant en biologie à l’Université Évangélique en Afrique (UEA), rencontré lors d’une activité de nettoyage du lac Kivu.


Après ses études, il a choisi de rejoindre une organisation locale de jeunes engagée dans la protection de l’environnement. Mais plusieurs années plus tard, il peine à vivre de son engagement.


« Nous avons appris que l’environnement est un secteur d’avenir. Mais sur le terrain, nous constatons que cela ne permet pas encore de construire une carrière stable », regrette-t-il.
Une génération en attente


Le constat est similaire pour Gisèle, 24 ans, diplômée en agronomie de l’Université Catholique de Bukavu (UCB).


« Cela fait deux ans que j’ai terminé mes études. On parle souvent des emplois verts, mais beaucoup de jeunes ne savent même pas ce que cela signifie concrètement ni où trouver ces opportunités », explique-t-elle.


Pour elle, le principal problème réside dans le manque d’information et de visibilité.


« Nous voyons certains jeunes voyager en Europe, en Asie ou ailleurs en Afrique pour participer à des conférences, des formations ou des programmes internationaux. Mais ici, beaucoup ignorent comment accéder à ces réseaux. Ceux qui connaissent les opportunités les partagent rarement au-delà de leurs cercles proches », affirme-t-elle.


Une offre de formation déconnectée du marché ?
Chaque année, les principales institutions d’enseignement supérieur de Bukavu, notamment l’UCB, l’UEA, l’Université Officielle de Bukavu (UOB), l’ISDR, l’ISTM et l’ISP, forment des milliers d’étudiants dans des filières liées à l’environnement, l’agriculture, la gestion des ressources naturelles ou encore le développement durable.


Des estimations avancées par des acteurs académiques indiquent que plus de 5 000 étudiants terminent chaque année leurs études dans ces domaines. Pourtant, nombreux sont ceux qui ne savent ni où effectuer un stage professionnel ni comment intégrer le marché du travail.


Pour plusieurs observateurs, le problème ne réside pas uniquement dans l’absence d’emplois, mais aussi dans le manque de passerelles entre les universités, les organisations environnementales, les entreprises vertes et les bailleurs internationaux.


Une dépendance aux financements extérieurs
À Bukavu, de nombreuses organisations environnementales fonctionnent essentiellement grâce à des financements de partenaires internationaux. Lorsque les projets prennent fin, les emplois créés disparaissent souvent avec eux.
Cette situation limite la capacité du secteur à offrir des perspectives professionnelles durables aux jeunes diplômés.


Plusieurs spécialistes estiment que le développement d’une véritable économie verte locale nécessiterait davantage d’investissements dans le recyclage industriel, la valorisation des déchets, les énergies renouvelables, l’agriculture durable, l’écotourisme et l’entrepreneuriat environnemental.


Entre espoir et frustration


Malgré les difficultés, les jeunes continuent de se mobiliser. Les campagnes de nettoyage du lac Kivu, les initiatives de reboisement et les projets communautaires attirent chaque année de nouveaux volontaires.


Mais pour beaucoup, l’engagement citoyen ne suffit plus.


La question qui se pose désormais est celle de la transformation de cet engagement environnemental en véritables opportunités économiques. Car si Bukavu dispose d’un important capital humain dans les métiers verts, elle peine encore à créer les conditions permettant à cette jeunesse de vivre de son expertise.


Dans une région confrontée à la fois aux défis du chômage et du changement climatique, le développement des emplois verts pourrait constituer une réponse stratégique. Encore faut-il que les promesses souvent évoquées dans les conférences et les projets se traduisent par des emplois réels, accessibles et durables pour les jeunes.

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