Lieu de repos éternel pour des milliers de disparus, le cimetière de la Ruzizi est aujourd’hui au cœur de nombreuses préoccupations à Bukavu. Saturation, profanation de tombes, occupations illégales, spéculation foncière et manque de transparence dans la gestion des espaces funéraires alimentent les inquiétudes de la population.Situé dans la commune d’Ibanda, le cimetière de la Ruzizi accueille quotidiennement des familles venues inhumer leurs proches.
Mais derrière sa vocation première, ce lieu de recueillement fait face à une pression croissante liée à l’expansion urbaine et à la rareté des espaces disponibles.
De nombreux habitants dénoncent une hausse continue des frais liés aux enterrements ainsi qu’un manque de clarté dans la fixation des tarifs des concessions funéraires. Pour plusieurs familles, l’organisation des funérailles devient un fardeau financier de plus en plus lourd.
« Aujourd’hui, enterrer dignement un proche est devenu un véritable parcours du combattant. Les coûts sont élevés et les informations sur les différents frais restent difficiles à obtenir », témoigne un habitant de Bukavu ayant requis l’anonymat.
Au-delà de la question financière, les acteurs de la société civile alertent sur la dégradation progressive des cimetières de la ville. Plusieurs espaces destinés aux sépultures seraient aujourd’hui occupés par des habitations privées, réduisant considérablement les capacités d’accueil des cimetières existants.
Selon différentes sources locales, certains citoyens procèdent au désossement d’anciennes tombes afin de créer de nouveaux espaces d’inhumation. D’autres exploiteraient certaines portions des cimetières pour des activités agricoles tandis que des constructions en dur continuent d’apparaître à l’intérieur ou à proximité immédiate de ces espaces pourtant destinés aux morts.
La ville de Bukavu compte plusieurs cimetières, notamment ceux de la Ruzizi, de la Brasserie, de Musigiko, de Panzi et de Kanoshe. Toutefois, certains de ces sites ont déjà été fermés par les autorités en raison de leur saturation.
C’est notamment le cas du cimetière de la Brasserie (Km 4), dont les capacités d’accueil étaient considérées comme épuisées.Pour Bilubi Ulengabo Meschack, observateur des questions de gouvernance urbaine, l’insuffisance des espaces funéraires est un problème ancien qui tarde à trouver une solution durable.
Il rappelle qu’un projet d’acquisition d’un nouveau site destiné à accueillir un cimetière avait déjà été envisagé sous le mandat de l’ancien maire Philémon Yogolelo. La mairie avait engagé des discussions avec certains propriétaires fonciers afin de trouver un espace adapté aux besoins futurs de la ville.
« À l’époque, le gouvernement provincial dirigé par Marcellin Cishambo avait déjà acquis une parcelle dans le territoire de Kabare pour l’aménagement d’un nouveau cimetière. Malheureusement, des conflits fonciers au sein de la famille propriétaire ont empêché la concrétisation du projet », explique-t-il.
Selon lui, cette situation a contribué à retarder la mise en place d’une réponse durable face à la saturation progressive des cimetières de Bukavu.Par ailleurs, plusieurs organisations citoyennes dénoncent la profanation de tombes ainsi que la spoliation de certaines portions des cimetières. Elles estiment que des responsabilités doivent être établies afin d’identifier les auteurs de ces pratiques et de préserver les espaces réservés aux sépultures.
« Les personnes impliquées dans la spoliation des parcelles du cimetière de la Ruzizi doivent être identifiées et sanctionnées conformément à la loi. Les constructions érigées illégalement sur ces espaces doivent être démolies afin de restituer les terrains destinés aux morts », plaide Bilubi Ulengabo Meschack.
Face à cette situation, des voix s’élèvent pour réclamer un audit complet de la gestion des cimetières de Bukavu, la publication des grilles tarifaires officielles ainsi qu’une politique claire d’aménagement de nouveaux espaces funéraires.
Alors que la population de Bukavu continue de croître, la question de la gestion des cimetières dépasse désormais le simple cadre funéraire. Elle s’impose comme un enjeu majeur de gouvernance urbaine, d’aménagement du territoire, de santé publique et de respect de la dignité humaine.



