À Kamanyola, dans le territoire de Walungu, au Sud-Kivu, plusieurs agriculteurs hésitent à retourner dans leurs champs en raison de la présence présumée d’engins explosifs. Certains se tournent désormais vers le petit commerce, alors que le manque de pluie et les fortes chaleurs compliquent également la saison agricole.
Dans cette zone située près de la rivière Ruzizi et de la frontière avec le Burundi, cultiver la terre est devenu une activité à risque pour certains habitants.
Des acteurs de la société civile affirment que plusieurs champs pourraient encore contenir des bombes ou d’autres engins explosifs abandonnés après les combats.
« La majorité des champs ont des engins explosifs. Une équipe de déminage est venue, mais elle n’a pas fait le tour de tous les champs », affirme sous couvert d’anonymat un acteur de la société civile.
Selon cette source, quelques engins ont été détruits lors d’une opération de déminage, mais plusieurs zones resteraient à vérifier, notamment les champs situés le long de la Ruzizi et près de la frontière burundaise.
« On regarde où mettre les pieds »
Pour les agriculteurs, l’incertitude est devenue une source permanente d’inquiétude.
« On ne va plus dans les champs. Et si tu y vas, tu regardes où mettre tes pieds avec cette peur. Les champs ont beaucoup d’herbes et tu ne sais pas où tu peux marcher : sur une arme abandonnée ou sur une bombe piège », témoigne un habitant.
Des acteurs locaux expliquent que certains de ces endroits auraient servi au stockage d’armes pendant les affrontements entre les forces gouvernementales et des groupes armés.
Ils évoquent notamment la présence passée des FARDC et des Wazalendo dans certains secteurs. Ces affirmations sur l’origine des engins explosifs n’ont toutefois pas été vérifiées de manière indépendante.
Des agriculteurs deviennent commerçants
La peur des explosifs n’est pas le seul obstacle auquel sont confrontées les familles.
Certains cultivateurs ont commencé à délaisser les champs pour se consacrer au commerce, selon la société civile locale.
Mais cette reconversion est difficile pour des ménages qui disposent de peu de moyens financiers.
« Certaines autorités nous demandent d’être prudents pour les champs. On s’est tourné vers le commerce, mais nous n’avons pas non plus d’argent », explique une agricultrice.
L’abandon temporaire des terres pourrait aussi avoir des conséquences sur les revenus des familles et sur l’approvisionnement alimentaire local.
La météo complique aussi les cultures
À cette situation sécuritaire s’ajoutent des difficultés liées aux conditions météorologiques.
Les agriculteurs signalent un manque de pluie et de fortes chaleurs qui affectent certaines cultures.
« Il y a aussi le manque de pluie et un soleil très fort qui déracine les cultures, même les légumes. Cela nous demande d’arroser », raconte l’agricultrice.
Pour les producteurs, cela signifie davantage de travail et, dans certains cas, davantage de dépenses pour maintenir les cultures en vie.
La nécessité de sécuriser les terres
À Kamanyola, les agriculteurs se retrouvent donc confrontés à un double défi : pouvoir accéder à leurs terres en sécurité et disposer de suffisamment d’eau pour produire.
Les organisations locales demandent que les zones agricoles susceptibles d’être contaminées soient identifiées et vérifiées par les services compétents avant une reprise complète des activités.
Une opération de déminage ne consiste pas seulement à détruire quelques engins découverts. Elle doit permettre, lorsque cela est possible, d’établir quelles zones ont été inspectées et déclarées sûres.
Pour les habitants de Kamanyola, l’enjeu dépasse ainsi la seule saison agricole. Il s’agit de pouvoir retrouver l’usage d’une ressource essentielle : la terre, dont dépendent leurs revenus et une partie de leur alimentation.
Les autorités et les services spécialisés n’ont pas encore fourni, à ce stade, de données permettant de déterminer précisément le nombre de champs concernés ou l’étendue des zones potentiellement contaminées.



