
La montée en puissance des organisations autochtones dans la gestion des projets de développement autour du Parc National de Kahuzi-Biega ouvre une nouvelle phase dans la gouvernance de cette aire protégée classée au patrimoine mondial.
À travers le programme Gestion Intégrée des Aires Protégées Phase II, porté par l’Institut Congolais pour la Conservation de la Nature et ses partenaires, les communautés locales sont désormais formées pour structurer leurs organisations, accéder à des financements et développer des activités économiques alternatives à l’exploitation des ressources naturelles du parc.
Réduction de la pression sur les ressources… en théorieSur le papier, cette approche vise un objectif clair : réduire les pressions humaines sur la faune et la flore du PNKB en offrant des alternatives économiques aux communautés riveraines.Selon les gestionnaires du parc, notamment Bahati Lukoo Emmanuel, l’autonomisation des organisations autochtones doit permettre de transformer les populations locales en partenaires actifs de la conservation.
Des attentes sociales fortes et des frustrations anciennesSur le terrain, les communautés autochtones, représentées notamment par Aline Wetewabo, insistent sur une réalité différente : des années de projets externes jugés peu inclusifs et à faible impact sur leurs conditions de vie.
Cette perception alimente une demande forte de contrôle direct des initiatives locales, afin d’éviter les projets « déconnectés des besoins réels » et d’améliorer l’équité dans l’accès aux ressources.
Un impact encore conditionnel sur le PNKB l’impact réel de cette nouvelle approche sur le PNKB reste cependant conditionné à plusieurs facteurs :la transparence dans la gestion des financements,la capacité des organisations locales à se structurer durablement,et surtout, la mise en œuvre effective d’alternatives économiques viables.
Pour Donatien Munyali Kacibasa, cette évolution s’inscrit dans un processus engagé depuis 2019 visant à concilier protection de la biodiversité et reconnaissance des droits des communautés autochtones.
Entre conservation et gouvernance localeDans un contexte où la pression sur les ressources naturelles du parc reste élevée, cette dynamique pourrait soit renforcer la protection du PNKB, soit révéler de nouvelles tensions si les promesses d’autonomisation ne se traduisent pas concrètement sur le terrain.
À Kahuzi-Biega, la conservation entre ainsi dans une zone d’équilibre délicate : celle où la survie du parc dépend aussi de la manière dont ses riverains deviennent, ou non, de véritables acteurs de sa gestion.



