Une récente étude scientifique internationale menée dans la ville de Bukavu révèle une réalité inquiétante : les habitants sont exposés quotidiennement à des niveaux de bruit largement supérieurs aux normes recommandées par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Cette recherche, considérée comme la première du genre en République démocratique du Congo, met en lumière l’ampleur de la pollution sonore dans cette ville de l’Est du pays en pleine urbanisation.
Réalisée entre mars et juillet 2024 par des chercheurs congolais, burundais, ivoiriens et canadiens, l’étude a analysé les variations spatiales et temporelles du bruit dans 17 sites répartis entre zones commerciales, résidentielles et scolaires. Les mesures ont été effectuées de 7h à 18h à l’aide d’un sonomètre numérique respectant les standards internationaux.
Les résultats montrent que les niveaux moyens de bruit atteignent 67,83 décibels pendant la saison des pluies et 66,81 décibels durant la saison sèche, alors que l’OMS recommande un seuil maximal de 53 décibels pour les milieux urbains.
Les zones commerciales apparaissent comme les plus touchées, avec des pics atteignant 114 décibels, un niveau comparable au bruit d’un marteau-piqueur à proximité. Plus préoccupant encore, certaines écoles enregistrent jusqu’à 111,3 décibels, exposant les élèves à des risques liés au stress, aux troubles de concentration et aux difficultés d’apprentissage.
Selon les chercheurs, plusieurs facteurs expliquent cette situation : embouteillages permanents, dégradation avancée des routes, prolifération des activités commerciales informelles, musique amplifiée dans les marchés et lieux de culte, ainsi que l’absence de planification urbaine cohérente.
L’étude souligne également que le bruit est particulièrement intense le matin et en soirée, notamment le long des principaux axes routiers reliant Bukavu au Rwanda et aux territoires voisins. Les quartiers densément peuplés et économiquement actifs concentrent les niveaux les plus élevés de pollution sonore.
Les auteurs rappellent que les effets du bruit dépassent largement le simple inconfort. Des recherches internationales associent l’exposition prolongée au bruit à l’hypertension, aux maladies cardiovasculaires, aux troubles du sommeil, au stress chronique et à une baisse des performances cognitives chez les enfants.
Bien qu’un décret congolais de 2014 réglemente les nuisances sonores, son application reste très limitée faute de mécanismes de contrôle efficaces. Contrairement à certains pays africains comme le Rwanda ou le Bénin, la RDC ne dispose toujours pas d’un véritable système de surveillance acoustique urbaine.
Pour les chercheurs, ces résultats doivent pousser les autorités locales à intégrer la gestion du bruit dans les politiques d’urbanisme, de mobilité et de santé publique. Sans action rapide, préviennent-ils, Bukavu risque de transformer son développement urbain en une crise silencieuse aux lourdes conséquences sanitaires.



