Chaque matin avant l’aube, Honoré Gylain, un jeune d’une vingtaine d’années, quitte son domicile situé sur l’avenue de l’Athénée, dans la ville de Bukavu. Sa destination est Ruvutira, à près de quatre kilomètres, où il espère trouver de l’eau pour les besoins de sa famille.
Lorsque BKINFOS le rencontre vers 5 h 50, sur l’axe reliant la mairie de Bukavu à la Poste, le jeune homme marche avec plusieurs membres de sa famille. Devant lui, sa sœur porte une dizaine de bidons vides de 20 litres.
Derrière, ses frères transportent chacun entre cinq et sept bidons. Ensemble, ils se rendent au point de ravitaillement avant le lever du jour.
« Nous nous réveillons très tôt pour éviter les longues files d’attente », explique-t-il.
Selon Honoré, sa famille dépense 15 000 francs congolais pour le transport de l’eau et achète jusqu’à 35 bidons à 200 fc par bidon par semaine afin de couvrir les besoins du ménage.
« Nous continuons pourtant à payer la REGIDESO »
Malgré ces dépenses, la famille reste cliente de la REGIDESO.
« Nous continuons à payer les factures, mais cela ne m’intéresse même plus de les regarder. Dès que leurs conduites laissent passer un peu d’eau, la facture arrive », déclare-t-il.
Pour lui, la principale difficulté réside dans l’inégalité de la distribution.
« Il y a des quartiers où l’eau arrive, tandis que d’autres restent totalement privés d’approvisionnement. Nous ne comprenons pas toujours pourquoi, d’autant que les explications données ne sont pas suffisamment claires », affirme-t-il.
Une quête de l’eau qui comporte aussi des risquesAu-delà de la fatigue physique, Honoré évoque les risques sécuritaires auxquels les habitants sont confrontés lorsqu’ils partent chercher de l’eau avant le lever du jour.Il cite notamment la présence d’enfants de la rue sur certains axes ainsi que les cas d’enlèvements signalés ces derniers mois dans plusieurs quartiers de Bukavu.
« Jusqu’à présent, je n’ai jamais été victime d’une agression. Mais le jour où l’on tombe sur de mauvaises personnes, tout peut arriver », dit-il.
Réduire la consommation pour tenirFace aux coupures répétées, la famille adapte ses habitudes. Elle évite de descendre en dessous d’une réserve d’une vingtaine de bidons et limite fortement sa consommation quotidienne.
« Nous utilisons moins d’eau pour chaque activité afin que les réserves durent plus longtemps », explique le jeune homme.
Lorsque l’eau distribuée par le réseau public est trouble, elle est réservée au nettoyage des sols ou des sanitaires.
« Pour boire, nous préférons utiliser l’eau que nous achetons. Je dis la vérité, parfois l’eau du robinet arrive sale », affirme-t-il.
Un appel à améliorer durablement la desserteHonoré ne réclame pas seulement une amélioration ponctuelle du service. Il appelle la REGIDESO à renforcer durablement ses infrastructures et à mieux informer les consommateurs.
« Nous demandons que les canalisations soient améliorées afin que l’eau arrive dans tous les quartiers. Et surtout, que l’on cesse de venir réclamer de l’argent alors que nous passons nos journées à chercher de l’eau ailleurs. Aujourd’hui, gagner de l’argent est déjà très difficile à Bukavu », conclut-il.
Ce témoignage s’inscrit dans une série de reportages de BKINFOS consacrés aux pénuries d’eau qui affectent plusieurs quartiers de Bukavu, où de nombreux ménages doivent désormais combiner paiement des factures du réseau public et achat d’eau auprès de fournisseurs privés pour répondre à leurs besoins essentiels.



