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RDC : à Katogota, les déplacés de retour peinent à reprendre l’agriculture faute de semences


Par Janvier BARHAHIGA

Pour les habitants de Katogota, dans la plaine de la Ruzizi, rentrer chez soi après plusieurs mois de déplacement ne signifie pas forcément retrouver une vie normale.


Certains ont retrouvé leurs maisons et leurs terres, mais pas toujours les moyens de les cultiver. Dans cette localité du Sud-Kivu, plusieurs familles affirment avoir consommé leurs réserves de semences pendant leur déplacement, faute de nourriture et de revenus.


« Les gens ont consommé les semences de haricots dans les milieux où ils étaient déplacés », explique le chef du site lors d’une interview accordée à BKINFOS le 19 août 2026 à Katogota.
Ces semences, qui devaient servir à la prochaine saison agricole, ont donc été utilisées pour nourrir les familles.


« Nous avons besoin de semences pour recommencer »


Cette situation complique aujourd’hui la reprise des activités agricoles.


Selon le chef local, les habitants qui disposent d’un peu d’argent peuvent trouver d’autres activités, notamment la fabrication de briques, en attendant de pouvoir reprendre leurs champs.


Mais certains retournés ont déjà recommencé à cultiver.


De la courge, de l’amarante, du piment et de la pastèque sont notamment cultivés le long des rivières.


Une partie des récoltes est consommée par les familles. Le surplus est vendu sur le petit marché local.


« Lorsque les gens viennent vendre au petit marché, les autres profitent de la nourriture », explique le responsable.


Cette production reste cependant insuffisante pour répondre aux besoins de la population.


La nourriture vient de plus loin


Selon Mangaiko Shabani, chef du village de Katogota, les habitants qui disposent de moyens financiers doivent parfois parcourir plusieurs kilomètres pour acheter de la nourriture.


Le maïs, le manioc et les haricots sont notamment achetés à Kamanyola, en RDC, ou à Bugarama, au Rwanda, selon ce responsable.


Pour les ménages qui ont déjà perdu leurs revenus pendant le déplacement, ces déplacements représentent une charge supplémentaire.


Le manque de semences explique aussi pourquoi certains habitants n’ont pas encore commencé à cultiver.


Mangaiko Shabani appelle ainsi les organisations humanitaires à soutenir les retournés avec des semences afin de permettre la reprise de l’agriculture.


7 200 ménages seraient revenus
Avant la guerre, Katogota comptait 10 481 ménages, selon les chiffres communiqués par le chef du village.


Mangaiko Shabani estime qu’environ 7 200 ménages sont revenus entre juin et août 2026.
Ces chiffres, fournis par l’autorité locale, nécessitent toutefois d’être confrontés aux données des services administratifs et humanitaires.


Pour les autorités locales, le retour des populations doit désormais être accompagné d’un soutien permettant aux familles de retrouver leurs moyens de subsistance.


Des outils et des boutures pour relancer les activités


À Katogota, la Congo Basin Conservation Society (CBCS-NETWORK) a distribué des boutures de manioc et des outils agricoles aux membres de la Coopérative des éleveurs pour le développement intégral (COPEDI).


Pour Jean-Marie Sengo, coordinateur de la coopérative, cet appui accompagne la reprise des activités agricoles après plusieurs mois de déplacement.


Les membres de COPEDI ont notamment recours à des outils agricoles pour préparer les champs destinés à leurs cultures.


Selon le responsable de la coopérative, la production agricole doit contribuer à reconstruire progressivement l’économie des familles revenues après le conflit.


Ladislas Witanene, chargé des programmes de CBCS-NETWORK, explique que son organisation collaborait déjà avec la coopérative avant le début de la guerre en 2025.


Les familles ont, selon lui, perdu une partie importante de leurs biens en abandonnant leurs villages. L’appui agricole vise donc à leur permettre de reprendre progressivement une activité économique.


Pour les retournés, rentrer n’est que la première étape


Le cas de Katogota illustre une difficulté rencontrée par de nombreuses populations déplacées qui regagnent leurs villages après un conflit.


Le retour physique ne signifie pas nécessairement le retour des moyens de subsistance.
Une famille peut retrouver une parcelle mais ne plus disposer de semences. Elle peut avoir une terre mais manquer d’outils. Elle peut recommencer à cultiver mais ne pas produire suffisamment pour nourrir ses membres et générer des revenus.
À Katogota, cette réalité apparaît particulièrement clairement.


Alors que le retour de milliers de ménages se poursuit, les habitants cherchent à reconstruire leur économie à partir de ce qu’ils ont encore : leurs terres, quelques cultures et l’aide d’organisations locales.


À l’occasion de la Journée mondiale de l’aide humanitaire, célébrée le 19 août, leur situation rappelle que l’aide ne se limite pas à fournir de la nourriture aux populations touchées par les conflits.


Pour ces familles, une aide durable peut aussi commencer par une semence permettant de produire la prochaine récolte.

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