Décryptage | Félix Tshisekedi est-il sur les pas du maréchal Mobutu ?
L’annonce par le gouvernement congolais d’un projet de dialogue national inspiré de la Conférence nationale souveraine (CNS) relance un débat politique majeur : le président Félix Tshisekedi emprunte-t-il la même voie que le maréchal Mobutu il y a trente-quatre ans ?
À première vue, le parallèle semble évident.
En 1991, confronté à une grave crise politique, économique et sociale, Mobutu Sese Seko avait convoqué la Conférence nationale souveraine afin de réunir les forces vives de la nation.
Aujourd’hui, c’est dans un contexte dominé par la guerre dans l’est du pays, une crise humanitaire persistante et une forte pression diplomatique que le pouvoir de Félix Tshisekedi évoque un dialogue rassemblant les forces politiques, les confessions religieuses et la diaspora.
Les similitudes existent.
Dans les deux cas, le pouvoir cherche à construire un consensus national autour d’une crise majeure. Les Églises occupent également une place importante dans les discussions, tandis que l’appel à l’unité nationale constitue l’un des principaux arguments avancés.
Mais la comparaison s’arrête rapidement.En 1991, la CNS intervenait dans un contexte de transition vers le multipartisme après plus de vingt-cinq ans de régime autoritaire. Elle visait à redéfinir les institutions de l’État et à organiser une transition démocratique.En 2026, la RDC dispose déjà d’une Constitution, d’institutions élues et d’un cadre juridique différent.
Le défi n’est plus de créer un nouvel ordre politique, mais de renforcer la cohésion nationale face à une crise sécuritaire qui perdure dans l’est du pays.L’autre différence majeure concerne l’objectif affiché. Là où la CNS entendait redistribuer le pouvoir politique, le dialogue envisagé par l’exécutif est présenté comme un cadre de mobilisation autour de la souveraineté nationale et de la paix.
L’histoire invite néanmoins à la prudence.La Conférence nationale souveraine demeure un symbole fort de participation citoyenne. Pourtant, une grande partie de ses résolutions est restée inappliquée en raison des blocages politiques entre le président Mobutu et les institutions de transition.
Cette expérience rappelle qu’un dialogue ne produit des résultats que si les engagements sont suivis d’effets.C’est précisément sur ce point que sera jugée l’initiative actuelle.Le futur dialogue débouchera-t-il sur des décisions concrètes, assorties d’un calendrier, de mécanismes de mise en œuvre et d’un suivi indépendant ? Ou risque-t-il d’être perçu comme une nouvelle concertation sans impact durable ?
La véritable question n’est peut-être pas de savoir si Félix Tshisekedi marche sur les pas du maréchal Mobutu. Elle est de déterminer si la classe politique congolaise a appris des leçons de la Conférence nationale souveraine.
Car, en République démocratique du Congo, les dialogues n’ont jamais manqué. Ce sont souvent leur application et leur capacité à produire des réformes durables qui ont fait défaut.



