mercredi, septembre 16, 2026
No menu items!
spot_img
AccueilBiodiversitéRDC : à Walikale, une concession communautaire de 22 319 hectares face...

RDC : à Walikale, une concession communautaire de 22 319 hectares face à la pression sur les forêts


Par Joëlle KUJIRABWINJA

La communauté locale Bisa Lwege vient d’obtenir la reconnaissance de ses droits sur 22 319 hectares de forêt dans le territoire de Walikale, au Nord-Kivu. Une décision qui intervient dans l’un des territoires les plus boisés de la province, mais où la couverture forestière recule progressivement sous l’effet de plusieurs pressions.


Selon les données disponibles sur la couverture forestière de Walikale, le territoire comptait environ 2,3 millions d’hectares de forêt naturelle en 2020, couvrant près de 98 % de sa superficie.


Mais cette importante couverture forestière n’est pas épargnée par la dégradation.


Entre 2001 et 2025, Walikale aurait perdu environ 170 000 hectares de couverture arborée, soit près de 7 % de la couverture arborée présente en 2000. Ces pertes sont associées à environ 120 millions de tonnes de CO₂ équivalent, selon les données citées.


La tendance est également visible sur une période plus récente. En 2025 seulement, le territoire aurait perdu environ 11 000 hectares de forêt naturelle, correspondant à environ 8 millions de tonnes d’émissions de CO₂.


Les forêts primaires également touchées


La pression concerne particulièrement les forêts primaires humides.
Entre 2002 et 2025, Walikale aurait perdu environ 94 000 hectares de forêts primaires humides, soit 58 % de la perte totale de couverture arborée enregistrée pendant cette période.


La superficie de ces forêts primaires humides aurait ainsi diminué d’environ 4 % sur la période.
Ces chiffres donnent une autre dimension à l’attribution de la concession de Lwege : les 22 319 hectares représentent environ 1 % des 2,3 millions d’hectares de forêt naturelle que comptait Walikale en 2020. Leur reconnaissance juridique intervient donc dans un territoire où la conservation des forêts devient un enjeu de plus en plus important.


L’agriculture au cœur des pressions


Les données disponibles identifient plusieurs facteurs associés à la perte de couverture arborée dans le territoire.


Parmi les facteurs liés aux activités humaines figurent notamment la permaculture, les infrastructures et l’habitat ainsi que certains produits de base. Les perturbations temporaires comprennent également l’exploitation forestière, les feux et d’autres perturbations naturelles.


L’agriculture itinérante apparaît comme une pression particulièrement importante dans les données du territoire.


Mais ces chiffres doivent être interprétés avec prudence : ils ne signifient pas que chacune de ces catégories correspond directement à une superficie de forêt définitivement détruite. Certaines perturbations peuvent être temporaires ou se chevaucher.


Une concession communautaire dans un territoire sous pression


C’est dans ce contexte que l’arrêté provincial du 3 décembre 2025 a accordé à la communauté Bisa Lwege une concession forestière locale de 22 319 hectares, à titre gratuit et perpétuel.


La concession est située dans le groupement Bakano, secteur de Bakano, et se trouve dans un paysage forestier proche du Parc national de Kahuzi-Biega, à la frontière avec le Sud-Kivu.


Quatre représentants coutumièrement désignés Mukucha Katindi Bertin, Busowa Lusekeseke Dieudonné, Kilasi Misabanda Déogratias et Mambo Bin Kibanda Victor ont été désignés pour représenter la communauté dans cette attribution.


Pour les défenseurs de la foresterie

communautaire, la reconnaissance des droits des populations locales peut contribuer à mieux protéger les forêts en donnant aux communautés un rôle direct dans leur gestion.
Mais l’expérience de Lwege devra encore faire ses preuves.


Le véritable enjeu commence maintenant


La question n’est plus seulement de savoir à qui appartiennent les 22 319 hectares, mais comment ils seront gérés.
Dans un territoire où la couverture arborée a déjà fortement reculé, la concession devra permettre de répondre à plusieurs défis : sécuriser les droits fonciers des communautés, préserver les forêts, encadrer l’exploitation des ressources et créer des bénéfices économiques pour les populations locales.


Le risque serait de considérer l’attribution juridique comme une garantie automatique de conservation.
À Walikale, les chiffres racontent une autre histoire : un territoire qui reste extraordinairement forestier, mais dont une partie du couvert disparaît progressivement.


Pour la communauté Lwege, les 22 319 hectares constituent donc à la fois un droit nouvellement reconnu et une responsabilité considérable.


Le succès de cette concession pourra finalement être mesuré par une question simple : dans dix ou vingt ans, ces 22 319 hectares seront-ils toujours une forêt vivante capable de faire vivre les communautés qui en ont obtenu la gestion ?


Données et visualisation Global Forest Watch / Global Nature Watch sur Walikale⁠�


Les autorités provinciales du Nord-Kivu ont accordé une concession forestière de 22 319 hectares à la communauté locale Bisa Lwege, dans le territoire de Walikale.


La décision figure dans un arrêté provincial daté du 3 décembre 2025. La concession se trouve dans le groupement Bakano, secteur de Bakano, dans une région forestière située à proximité du Parc national de Kahuzi-Biega, à cheval entre le Nord-Kivu et le Sud-Kivu.


Selon les termes de l’arrêté, la concession est accordée gratuitement et à perpétuité à la communauté, représentée par quatre responsables coutumièrement désignés : Mukucha Katindi Bertin, Busowa Lusekeseke Dieudonné, Kilasi Misabanda Déogratias et Mambo Bin Kibanda Victor.


Un territoire aux frontières précisément définies
La concession est délimitée au nord par la rivière Lubyolo et la confluence des rivières Musahi et Lubyolo. Elle est limitée au sud par la province du Sud-Kivu.


À l’est, ses limites suivent notamment la rivière Ilayimbi et la confluence des rivières Ilambi et Nakisa. À l’ouest, elles sont définies par la confluence des rivières Luka et Kibililo.


Cette reconnaissance intervient alors que les forêts de l’est de la RDC sont soumises à de fortes pressions, notamment l’agriculture, l’exploitation des ressources naturelles et les déplacements de populations liés aux conflits.


Protéger la forêt tout en faire vivre les communautés


Pour les défenseurs de la gestion communautaire des forêts, la reconnaissance des droits des populations locales peut contribuer à mieux protéger les espaces forestiers tout en permettant aux communautés d’en tirer des moyens de subsistance.


Mais l’attribution d’une concession ne règle pas automatiquement les questions de gouvernance.
Il faudra notamment déterminer comment la communauté prendra ses décisions, quelles activités seront autorisées, comment les ressources seront contrôlées et comment les bénéfices éventuels seront répartis.


Dans cette région proche du Parc national de Kahuzi-Biega, la question est particulièrement sensible. La conservation de la biodiversité doit composer avec les besoins des populations qui vivent autour des forêts et en dépendent pour leur alimentation et leurs revenus.


Un précédent à suivre


La concession de Lwege constitue ainsi une expérience importante de reconnaissance des droits communautaires sur les forêts en RDC.


Son véritable impact se mesurera cependant sur le terrain : la forêt sera-t-elle effectivement mieux protégée et les conditions de vie de la communauté s’amélioreront-elles ?


Pour les 22 319 hectares désormais placés sous gestion communautaire, le défi commence donc après la signature de l’arrêté : transformer un droit reconnu sur le papier en une gestion durable, transparente et bénéfique aux populations locales.

RELATED ARTICLES

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

- Advertisment -spot_img

Most Popular