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PNKB : la troisième cohorte de GIAP II forme des organisations autochtones pour mieux accéder aux financements

Par Janvier BARHAHIGA

Autour du parc national de Kahuzi-Biega (PNKB), des organisations autochtones cherchent à renforcer leur gouvernance et leurs capacités de gestion avant d’accéder à de nouveaux financements.

Depuis le 25 août 2026, des représentants de 17 organisations de la société civile autochtone participent à une session de formation organisée à Murhesa dans le cadre du projet GIAP II. Cette troisième cohorte est financée par la KfW, la banque allemande de développement, et organisée par l’ICCN.

La formation porte notamment sur l’organisation interne des associations, la gouvernance, la gestion administrative et la préparation de projets. Elle est dispensée par Emmanuel Ntirata, de Simba Consulting.

L’objectif est de permettre aux organisations autochtones de disposer de structures suffisamment solides pour concevoir des projets, rechercher des financements et assurer une meilleure gestion des ressources qui leur sont destinées.

« Nous découvrons aujourd’hui ce qui nous manquait »

Pour certains participants, la formation permet de comprendre des mécanismes qui leur étaient jusque-là peu familiers.

Shamanvu Livingstone Charles, de l’organisation IPADIS BATWA DRC, venu d’Idjwi Nord à Bugarura, estime que certaines communautés autochtones ont longtemps eu des difficultés à maîtriser directement les mécanismes liés aux financements.

« Plusieurs personnes bougeaient l’argent au dos des Autochtones à titre de financements, mais aujourd’hui nous découvrons ces matières qui nous échappaient », témoigne-t-il.

Cette affirmation relève de son témoignage et nécessiterait d’être confrontée aux responsables des organisations concernées et aux bailleurs.

La formation permet notamment aux participants de travailler sur l’élaboration d’un cahier des charges, des statuts, d’un règlement d’ordre intérieur et d’un plan stratégique.

Les femmes veulent renforcer leur autonomie économique

Maman Nakabiri Clémentine, de l’organisation IFAP – Initiative des femmes autochtones, à Bunyakiri, dans le territoire de Kalehe, explique que ces enseignements pourraient aider son organisation à élaborer son propre plan stratégique.

Parmi les activités envisagées figurent les associations villageoises d’épargne et de crédit (AVEC), l’élevage et l’agriculture.

Pour cette femme d’une soixantaine d’années, le renforcement des capacités organisationnelles peut également contribuer à améliorer la participation des femmes dans la gestion des revenus.

« Dans le passé, nous cultivions, mais ce sont les hommes qui vendaient les produits. Pour l’élevage aussi, ce sont toujours les hommes qui prenaient l’argent et les femmes autochtones ne pouvaient pas dire mot », explique-t-elle.

Elle estime que la maîtrise de la gestion interne des organisations pourrait permettre aux femmes de participer davantage aux décisions économiques et de gérer directement certaines activités.

Une ancienne feuille de route au centre des discussions

La formation fait également émerger des interrogations sur un document élaboré en 2019 à Bukavu, présenté par certains participants comme une feuille de route concernant les relations entre les communautés autochtones et le PNKB.

Bonane Mutula Honoré, leader du peuple autochtone du groupement de Kalonge et membre d’associations autochtones pygmées, estime que ce document devrait aujourd’hui être considéré comme un véritable outil stratégique.

Selon son témoignage, les communautés autochtones avaient notamment accepté de quitter certaines zones du parc et de ne plus contribuer à la destruction de son écosystème.

En contrepartie, des engagements auraient été évoqués, notamment concernant la scolarisation des enfants et l’accès à la terre.

Il affirme que certains de ces engagements n’auraient pas été concrétisés, ce qui contribuerait encore aux tensions autour du parc.

« Nous comprenons désormais, avec cette formation, que ce n’est pas seulement une feuille de route. Cela devrait être un plan stratégique, car cela dure déjà depuis des années », estime-t-il.

Ces déclarations restent celles d’un participant. Le contenu du document de 2019 et l’état d’exécution des engagements évoqués devront être vérifiés auprès des différentes parties concernées, notamment l’ICCN, les représentants des communautés et les autorités compétentes.

Organiser les communautés avant de financer

Pour Emmanuel Ntirata, l’organisation interne constitue une étape importante avant l’accès aux financements.

Les participants sont notamment formés à la gouvernance, à la planification stratégique, à la gestion administrative et à la préparation de projets.

L’objectif est de renforcer les capacités des organisations afin qu’elles puissent mieux gérer leurs ressources et assurer la traçabilité des financements obtenus.

Cette formation intervient dans un contexte où les relations entre les communautés autochtones riveraines et le PNKB restent marquées par des tensions autour de l’accès à la terre, des moyens de subsistance, de la conservation de la biodiversité et de la participation des communautés à la gestion des ressources naturelles.

Pour les organisations participantes, l’enjeu dépasse donc la recherche de financements.

Il s’agit également de disposer de structures capables de concevoir des projets, négocier avec les partenaires, gérer les ressources et rendre compte à leurs communautés.

À Murhesa, cette troisième cohorte du projet GIAP II tente ainsi de renforcer un maillon essentiel de la conservation : des organisations autochtones mieux structurées, capables de défendre leurs intérêts tout en participant aux efforts de protection du PNKB.

La question demeure toutefois centrale : l’accès à la formation permettra-t-il effectivement aux organisations autochtones de contrôler davantage les financements destinés à leurs communautés et de peser dans les décisions concernant l’avenir du parc ?

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