À l’approche de la rentrée scolaire, l’inquiétude gagne plusieurs familles et enseignants dans le territoire de Kabare, dans l’est de la République démocratique du Congo.
Par JOËLLE KUJIRABWINJA
Dans plusieurs villages touchés par les violences, des familles ont abandonné leurs maisons pour chercher refuge dans des localités voisines, notamment à Mudaka, Kongé, Miti, Bukavu et Kavumu.
En fuyant, elles ont laissé derrière elles leurs maisons, mais aussi leurs champs, leur bétail et d’autres biens qui constituaient leurs principales sources de revenus.
Pour ces familles, la rentrée scolaire représente donc un défi supplémentaire.
« Nous avons peur d’envoyer nos enfants à l’école »
La crainte d’une reprise des violences pèse sur les parents.
« Nous allons envoyer les enfants à l’école, mais si la situation se précipite, qu’est-ce qu’on va faire ? », s’interroge un parent.
Certains habitants racontent avoir fui jusque dans les forêts pour échapper aux combats. Dans la précipitation, des enfants auraient été séparés de leurs familles.
Cette situation alimente les inquiétudes des parents qui hésitent à laisser leurs enfants reprendre le chemin de l’école alors que la situation sécuritaire demeure incertaine dans certaines zones.
Des enseignants également inquiets
Les enseignants ne sont pas épargnés par ces préoccupations.
Dans certains villages largement vidés de leurs habitants, des enseignants disent craindre de retourner dans leurs établissements. L’insécurité et les déplacements de population rendent incertaine la reprise normale des activités scolaires.
Le problème ne concerne donc pas uniquement la présence des élèves dans les salles de classe. Encore faut-il que les enseignants puissent rejoindre leurs écoles en toute sécurité.
Des familles qui ont perdu leurs moyens de subsistance
À la peur s’ajoute la précarité économique.
Les familles déplacées ont perdu l’accès à leurs champs, à leur bétail et parfois à leurs maisons. Des parents expliquent ne pas disposer des moyens nécessaires pour acheter les fournitures scolaires de leurs enfants.
Cahiers, uniformes, chaussures et autres matériels scolaires deviennent difficiles à financer pour des ménages qui ont déjà perdu une partie de leurs moyens de subsistance.
Pour ces familles, la rentrée scolaire ne se résume donc pas à la date de reprise des cours. Elle dépend aussi de leur capacité à nourrir leurs enfants, à acheter les fournitures et surtout à les envoyer dans des écoles où ils pourront être en sécurité.
Une rentrée dans un contexte fragile
À Kabare, les déplacements continuent ainsi de bouleverser la vie des communautés.
Des villages se retrouvent partiellement désertés tandis que les populations déplacées tentent de survivre dans les localités d’accueil. Pendant ce temps, les enfants risquent de voir leur scolarité une nouvelle fois perturbée.
Alors que la rentrée approche, parents et enseignants appellent à des mesures permettant de garantir la sécurité et l’accès à l’éducation.
Car derrière chaque enfant absent de l’école se trouve parfois une famille déplacée, un champ abandonné et une source de revenus perdue.



