Par JOËLLE KUJIRABWINJA
À quelques jours de la rentrée scolaire, les difficultés économiques des familles affectées par la guerre se conjuguent à un autre problème inattendu à Nyangezi, dans le territoire de Walungu : le refus de certains commerçants et établissements scolaires d’accepter des billets de francs congolais déchirés ou recollés.
Des parents rencontrés par BKINFOS affirment que cette situation complique davantage l’achat des fournitures scolaires et le paiement de certaines dépenses liées à la rentrée.
Pour Balibuno Kalihira, un homme d’une soixantaine d’années, chaque billet compte dans un contexte où les revenus sont devenus rares.
« Nous venons de la guerre. L’argent a disparu. Par chance, tu cultives et tu arrives à avoir 200 francs congolais. Quand tu vas acheter un cahier, on te refuse même cet argent parce qu’il est déchiré », déplore-t-il.
« Même 200 francs sont difficiles à trouver »
Pour plusieurs familles, les conséquences économiques de la crise sécuritaire se font encore sentir.
Des parents expliquent avoir perdu leurs biens, leurs activités économiques ou l’accès à leurs champs après avoir fui les violences. Certains ont rejoint des villages voisins avant de tenter progressivement de reprendre leurs activités.
Dans ces conditions, l’achat des uniformes, cahiers et autres fournitures scolaires représente une charge difficile à supporter.
Mais lorsque les quelques billets disponibles sont également refusés parce qu’ils sont endommagés, la situation devient encore plus compliquée.
Des enseignants eux aussi confrontés au problème
Le problème des billets endommagés ne concerne pas uniquement les parents.
Un enseignant rencontré à Nyangezi explique que les professionnels de l’éducation sont eux aussi confrontés à cette situation, notamment lorsqu’ils doivent effectuer des paiements ou des achats en espèces.
Il affirme recevoir notamment son salaire via Pepele Mobile, mais dit ne pas pouvoir accepter certains billets déchirés ou recollés dans ses transactions quotidiennes.
« Moi, je reçois l’argent à Pepele Mobile. Je refuse les billets déchirés », explique-t-il.
Selon cet enseignant, la difficulté devient particulièrement sensible lorsqu’il s’agit de payer les frais scolaires avec une coupure de forte valeur.
« Si un parent vient payer les frais scolaires avec un billet de 20 000 francs et qu’on le refuse, il sera déçu. Cela peut même le décourager d’envoyer son enfant à l’école », estime-t-il.
Il donne également l’exemple d’une situation où un billet de 5 000 francs congolais aurait été accepté pour une valeur inférieure.
« J’ai donné 5 000 francs congolais, on m’a donné 3 000 francs », raconte-t-il.
Ces témoignages illustrent les difficultés auxquelles sont confrontés les usagers lorsqu’ils disposent de billets physiquement endommagés et que certains vendeurs ou prestataires refusent de les accepter.
Les parents demandent plus de souplesse
Face à cette situation, les parents demandent aux enseignants et aux responsables scolaires de tenir compte des conditions particulières dans lesquelles les familles abordent cette rentrée.
Certains proposent notamment que les élèves puissent commencer les cours avec le nombre de cahiers dont ils disposent, quitte à compléter leurs fournitures progressivement.
« Même un cahier peut porter le français, les mathématiques et la géographie, le temps que le parent puisse acheter un autre cahier », explique un parent.
Un autre parent estime que, pour un élève qui arrive avec cinq cahiers, les enseignants pourraient temporairement permettre que ces cahiers servent à plusieurs matières.
L’objectif, selon eux, est d’éviter que le manque de fournitures ne prive les enfants de leur droit à l’éducation.
« Il faut rouvrir les banques »
Parents et enseignants mettent également en avant les difficultés liées à la circulation de l’argent liquide dans une région fortement affectée par la crise.
Ils appellent notamment à la réouverture des banques et au rétablissement de services financiers accessibles, afin de faciliter les transactions et de réduire les difficultés liées à l’utilisation de billets endommagés.
Pour les familles, cette question dépasse donc le simple achat d’un cahier. Elle touche à la capacité de disposer de liquidités utilisables pour payer les fournitures, les frais scolaires et les autres besoins essentiels.
À Nyangezi, les familles souhaitent malgré tout que leurs enfants reprennent le chemin de l’école.
Mais entre la perte des moyens de subsistance, le coût des fournitures, les difficultés d’accès à l’argent liquide et le refus de certains billets endommagés, la rentrée scolaire s’annonce particulièrement difficile pour les ménages affectés par la guerre.
Pour les parents comme pour les enseignants, la priorité reste désormais d’éviter que les difficultés économiques ne deviennent un obstacle supplémentaire à la scolarisation des enfants.



