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Bukavu : 27 élèves enterrés après l’incendie qui a frappé deux écoles

Vingt-sept cercueils ont traversé lundi les rues de Bukavu en direction du cimetière de la Ruzizi en provenance de la morgue de l’hopital général de référence de Bukavu ce lundi 14 septembre 2026. À l’intérieur, les dépouilles d’élèves morts dans l’incendie qui a touché les complexes scolaires Furaha et Ujamaa.

Par Janvier BARHAHIGA

Les victimes appartenaient à 24 familles, selon les informations communiquées autour des funérailles. Dans une ville où les incendies sont devenus récurrents, le cortège funéraire a transformé plusieurs rues en espaces de recueillement.

Sur les lieux du deuil, un message résumait la douleur des familles : « Aux victimes de l’incendie de Cimpunda, nous ne vous oublierons jamais. Nous pleurons nos enfants, nos frères et sœurs. Reposez en paix. »

La ville a vécu cette journée au ralenti. Des parents et des proches ont accompagné les cercueils, tandis que d’autres habitants, qui ne pouvaient pas se rendre aux lieux de deuil, se sont placés le long des routes pour regarder passer la caravane funéraire.

Des noms derrière les chiffres

Derrière le bilan se trouvent des enfants dont les familles continuent de chercher à comprendre leur disparition.

Parmi les victimes identifiées figurent notamment Empire Musafiri Gloria, née en 2018, Patience, née en 2017, Ahana Yagirwe Julien, né en 2014, ainsi que Ciza Zahinda, Cito Zahinda Christine et Nzigire M’ka Ciko.

Cette liste n’est pas exhaustive.

Pour les familles, chaque nom représente une histoire interrompue et un avenir qui ne verra pas le jour.

« Je pleure mon petit-fils »

Parmi les proches rencontrés par BKINFOS.CD, Annunciat Kujirabwinja Zagabe pleure son petit-fils, Tuonane Machara wa Kidogo, âgé de 13 ans.

Elle se souvient de la dernière conversation avec l’enfant.

« La dernière fois que j’ai parlé avec lui, je lui ai recommandé de bien étudier pour un jour devenir comme ses enseignants. Il s’adaptait bien à l’école. »

Selon sa grand-mère, Tuonane avait atteint la huitième année sans avoir échoué.

« Je me rappelle comment l’enfant a fait son parcours jusqu’en huitième sans échouer une seule fois. Maintenant, il vient de mourir comme ça, sans tomber malade. Il quitte la maison pour l’école et meurt comme ça. C’est horrible », raconte-t-elle.

Sa douleur est aussi celle d’une mère qui voit son fils perdre son enfant unique.

« Je ne pleure pas seulement pour moi, mais pour mon fils qu’il laisse », ajoute-t-elle.

Le feu comme symptôme d’une ville vulnérable

Les funérailles interviennent alors que Bukavu connaît une succession d’incendies dans plusieurs quartiers.

Dans cette ville densément peuplée, les risques sont liés à plusieurs facteurs qui doivent être examinés au cas par cas : la forte concentration des habitations, les matériaux utilisés dans certaines constructions, l’organisation de l’espace urbain, l’accès limité à l’eau dans certains quartiers et la sécurité des installations électriques.

Ces facteurs ne permettent toutefois pas, à eux seuls, de déterminer la cause d’un incendie particulier. Une enquête technique reste nécessaire pour établir l’origine de chaque sinistre et les conditions exactes de sa propagation.

Le drame pose également la question de la sécurité des établissements scolaires. Lorsque des centaines d’enfants se retrouvent dans des bâtiments exposés au feu, la largeur des sorties, les voies d’évacuation, l’accès des secours et l’existence de dispositifs de prévention peuvent devenir déterminants.

« Nous sommes les premières victimes »

Pour Corneille Nanga, la tragédie doit pousser les habitants à réfléchir aux moyens de réduire les risques.

« C’est une grande peine de l’intérieur. C’est vrai qu’il y a beaucoup de choses qui se passent ici sur terre par la volonté de Dieu, car tous ici sur terre nous sommes des pèlerins », dit-il.

Mais il estime également que certains drames peuvent être aggravés par les comportements humains.

« Il y a beaucoup de choses également qui proviennent de l’oisiveté et même de nos erreurs comme humains », poursuit-il.

Il appelle les habitants à prendre davantage part à la prévention.

« Dès aujourd’hui, décidons de nous lever et de prendre la décision de limiter des dégâts comme ceux-ci. La première décision est de se protéger, car lorsqu’un incident arrive, il faut comprendre que c’est nous les premières victimes », affirme-t-il.

Du deuil à la prévention

À Ruzizi, les 27 cercueils ont finalement été déposés dans leurs dernières demeures.

Mais derrière les cérémonies funéraires demeure une question plus difficile : comment empêcher que le prochain incendie ne produise à nouveau les mêmes images de familles endeuillées ?

Pour les habitants, la réponse ne peut pas seulement intervenir après les catastrophes. Elle passe aussi par la prévention, la sécurité des écoles, une meilleure planification urbaine, des installations électriques sûres, des voies d’évacuation accessibles et des moyens d’intervention adaptés à la densité de Bukavu.

Le cortège du 14 septembre aura donc laissé derrière lui plus qu’un souvenir douloureux. Il rappelle que, dans une ville exposée aux incendies, la reconstruction et l’urbanisation doivent aussi être pensées comme des questions de sécurité, de résilience et de protection des vies.

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