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Axe Uvira – Baraka/Sud-Kivu : une barrière payante est placée sur chaque 3,4 km selon un mouvement citoyen

Par Janvier BARHAHIGA

Le déplacement entre Uvira et Baraka, dans l’est de la République démocratique du Congo, reste difficile pour les voyageurs confrontés à la dégradation de la Route nationale numéro 5 (RN5), à la multiplication des barrières et à une offre limitée de transport sur le lac Tanganyika.

Le mouvement citoyen MACHOZI YA RAÏYA affirme avoir recensé 26 barrières sur les quelque 89 kilomètres séparant les deux villes, soit en moyenne une barrière tous les 3,4 kilomètres.

Selon le mouvement, plusieurs de ces points de contrôle demanderaient aux voyageurs de payer environ 1 000 francs congolais. MACHOZI YA RAÏYA accuse notamment des éléments armés se présentant comme Wazalendo d’être impliqués dans l’installation de certaines barrières.

Ces accusations interviennent alors que des responsables militaires et des chefs de groupes armés se sont récemment exprimés contre ces pratiques.

L’armée annonce une intervention contre les barrières

Dans une vidéo largement relayée sur les réseaux sociaux, le commandant adjoint de la 33e région militaire dénonce l’installation de barrières par des personnes se réclamant des Wazalendo.

Selon lui, les combattants Wazalendo engagés sur les fronts bénéficieraient d’un encadrement de l’armée, notamment en matière de médicaments et de rations alimentaires.

Il estime donc que les personnes qui installent des cordes sur les routes pour faire payer les passagers ne peuvent pas être assimilées aux combattants encadrés par l’armée.

« Ceux-là qui placent des cordes pour faire payer les passagers seront désormais considérés comme des bandits et seront traqués », affirme-t-il dans cette vidéo.

Le responsable militaire appelle ainsi les personnes à l’origine de ces barrières à les démanteler.

Yakutumba appelle également à mettre fin aux barrières

De son côté, le général autoproclamé William Amuri Yakutumba, présenté comme l’un des responsables des groupes Wazalendo du Sud-Kivu, a également appelé à mettre fin à cette pratique.

Dans une déclaration relayée sur les réseaux sociaux, il demande aux chefs de villages de sensibiliser les jeunes armés afin qu’ils abandonnent les barrières et les prélèvements imposés aux voyageurs.

Il évoque notamment la poursuite de jeunes armés soupçonnés d’être impliqués dans ces pratiques.

Selon lui, ces comportements alimentent le mécontentement des populations et donnent l’impression que les habitants vivant dans les zones contrôlées par le gouvernement seraient davantage exposés aux tracasseries que ceux vivant dans les zones occupées par le M23.

Cette déclaration traduit aussi une volonté affichée de certains responsables Wazalendo de se démarquer des pratiques de prélèvement sur les axes routiers.

Une route qui rallonge les temps de parcours

Au-delà des barrières, l’état de la RN5 constitue une autre difficulté majeure pour les voyageurs.

Selon MACHOZI YA RAÏYA, le trajet entre Uvira et Baraka, qui pouvait prendre environ trois à quatre heures lorsque les conditions routières étaient meilleures, nécessite aujourd’hui jusqu’à sept ou huit heures.

La dégradation de la chaussée affecte également le transport des marchandises et peut augmenter les coûts de déplacement dans une région où les routes constituent un lien essentiel entre les communautés, les marchés et les services de base.

Le lac Tanganyika, une alternative encore fragile

Certains voyageurs se tournent vers le transport lacustre pour éviter les difficultés rencontrées sur la RN5.

Mais cette solution demeure limitée. Selon MACHOZI YA RAÏYA, aucune liaison régulière de passagers ne relie actuellement Uvira et Baraka. Les embarcations disponibles seraient principalement utilisées pour transporter des marchandises.

Le mouvement évoque toutefois l’existence d’un petit bateau pouvant théoriquement accueillir environ 40 passagers, mais dont la fréquentation atteindrait parfois 60 à 100 personnes.

Si ces chiffres sont confirmés, cette situation soulève des questions importantes sur la sécurité des voyageurs et la capacité des opérateurs à répondre à la demande.

Réhabiliter la route et développer le transport lacustre

Pour MACHOZI YA RAÏYA, la réponse ne devrait pas se limiter au démantèlement des barrières.

Le mouvement demande également la réhabilitation urgente de la RN5 et la création d’une liaison régulière, sécurisée et éventuellement subventionnée entre Uvira et Baraka sur le lac Tanganyika.

Il encourage par ailleurs les opérateurs économiques des communautés Babembe, Vira et Fuliru à investir davantage dans le transport lacustre.

Un tel développement pourrait offrir une alternative à la route, faciliter la circulation des personnes et des marchandises et contribuer au désenclavement des communautés riveraines du lac Tanganyika.

Un problème de gouvernance autant que d’infrastructures

La situation sur l’axe Uvira-Baraka met en évidence deux difficultés qui se renforcent mutuellement : l’état des infrastructures et la gouvernance des corridors de transport.

Pour les voyageurs, la multiplication des barrières augmente les coûts et rallonge les déplacements. Pour les communautés, une route dégradée limite l’accès aux marchés et aux services essentiels.

Les appels simultanés du commandement militaire et de Yakutumba à mettre fin aux barrières constituent un signal important. Leur efficacité dépendra toutefois de la capacité des autorités à transformer ces déclarations en mesures concrètes et durables sur le terrain.

Les données sur le nombre de barrières, les montants perçus et la fréquentation des embarcations citées dans cet article proviennent de MACHOZI YA RAÏYA et restent à confronter aux données officielles et aux témoignages des transporteurs, voyageurs et autorités locales.

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